Homélie de Mgr Gemayel - Messe à l’occasion de la fête de Saint Maroun à ND du Liban

Homélie de la fête de SAINT MAROUN

Mgr Maroun - Nasser GEMAYEL

Évêque des Maronites de France

Cathédrale Notre Dame du Liban à Paris

Le 7 février 2016

SOLENNITÉ DE SAINT MAROUN 2016

Frères et Sœurs bien-aimés,
Nous sommes réunis, ce dimanche, autour d’un moine anachorète du IVème - Vème siècle, un personnage historique communément reconnu comme le père spirituel de notre Eglise maronite syriaque d’Antioche et le fondateur d’une voie monastique originale : l’anachorétisme, ou la vie en plein air (la vie hypèthre). Se fixant dans les entourages d’Antioche, Maroun accomplissait par la prière des miracles ; et sa réputation se répandit dans la contrée, et augmenta le nombre de ses disciples. Selon Théodoret De Cyr, son biographe, la vie de foi de Maroun est caractérisée par la recherche inlassable du visage du Christ comme le firent les Evangélistes et toute la série des saints et des martyrs. Vers 405, St. Jean Chrysostome, de son exil, se recommanda à sa prière. Il était de cette catégorie de chrétiens qui étaient « Ivres » de Dieu qui s’adonnaient à la prière et à la pénitence, dans une région que l’on appelle « les villes mortes », et qui est malheureusement vouée, actuellement, au pillage, à la destruction, et à la merci des belligérants.
Saint Maroun, que l’Eglise maronite fête, donc, aujourd’hui dans les quatre coins du monde, et de qui elle tire son nom, s’est voué entièrement à Dieu. Dans sa recherche de la perfection chrétienne, il a montré que l’essentiel n’était ni les honneurs, ni la réussite, mais l’amour et le service des autres, mettant ainsi l’évangile en acte, et vivant en prière dans une grande liberté et une grande joie.

Frères et Sœurs,
Nous célébrons la fête de Saint Maroun, cette année encore, alors que la question d’Orient n’a toujours pas trouvé une solution heureuse. Depuis quelques années, les peuples du Moyen-Orient continuent à vivre un drame continu, un siècle après le génocide des Arméniens et des Assyriens, un siècle après la famine qui a causé la mort à plus d’un tiers des Maronites du Mont-Liban, en 1916. Les chrétiens sont contraints, dans cette partie du monde, à une sorte de repli. Leur existence, voire même leur présence, vacille entre la marginalisation et la neutralisation d’un côté, et la persécution, voire même le transfert, de l’autre.

Aujourd’hui, plus que jamais, L’Eglise maronite, qui est née de la prière de Maroun, est invitée à prier et réfléchir, à partir de sa foi, pour redécouvrir un aspect fondamental de sa vocation et de la transmission de cette foi. Car, être maronite c’est être appelé, avant tout, à la sanctification, à la recherche inlassable du visage du Christ, comme le firent les Evangélistes des Synoptiques, le Christ des Béatitudes mais surtout celui de la Passion.
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Quel message Saint Maroun peut-il nous donner aujourd’hui ?
D’abord, sa fête est l’occasion pour ses disciples de renouveler leur attachement au Vivre-ensemble, au Liban, en Orient, mais également en Europe et là où ils ont élu résidence. L’histoire démontre que, malgré les facteurs de division et les guerres, le vivre-ensemble entre chrétiens et musulmans a été possible, et reste toujours possible ; bien plus, il a son charme, car c’est une exigence internationale. Bien plus, une collaboration serrée entre les trois religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, s’est révélée très bénéfique et très enrichissante à travers les siècles. Les fidèles de ces trois religions vivaient côte à côte à la Méditerranée médiévale, en collaboration, en échanges mutuels, en contacts et en complémentarité.
Il est temps, à présent, que les consciences se réveillent en faisant cesser la guerre. Il est temps que les droits légaux des peuples soient reconnus et respectés. Il est temps de cesser la culture de la violence et de l’exclusion. J’appelle à la constitution d’un front international commun pour faire cesser les guerres, et d’une coalition efficace, pour mettre un terme aux massacres et aux génocides. Une force internationale, juste, est exigée illico pour séparer entre les belligérants.
Si cette mesure de faire cesser la guerre n’est pas adoptée, le plus rapidement possible, la situation va se retourner impérativement contre l’Occident. Et, Si les chrétiens d’Orient ont tenu bon 1400 ans avec l’Islam, provoquant la Renaissance arabe et leur lente ouverture à la modernité, je ne pense pas que l’Europe le fera aussi longtemps. L’Europe historique a eu un problème avec l’autre. Elle a fait l’expérience des Croisades et des Inquisitions contre l’Islam et les Infidèles. Elle a connu les guerres de religions, etc…
Malgré toutes leurs souffrances, et les drames de l’injustice qu’ils subissent, les chrétiens d’Orient, sont toujours prêts à refaire l’expérience du vivre-ensemble avec les peuples du Moyen Orient. C’est là où résident leur vocation et leur génie. Il y va de l’intérêt de l’Europe et du Monde entier qu’ils restent auprès de l’Islam arabe. Il y va également de l’intérêt du dialogue interreligieux. Leur vocation et leur mission c’est d’établir un pont culturel, spirituel, politique et économique entre les deux Mondes, et d’œuvrer pour la paix dans le monde.

Mais les Maronites et les chrétiens d’orient, à l’occasion de cette fête patronale ont plusieurs LEÇONS À TIRER :
Le grand danger qu’ils courent est certainement la division entre eux. Ou disons, autrement, la non solidarité entre eux. Ils cherchent en vain une cause qui les unit, qui dirige leurs efforts et qui motive leurs engagements. Au lieu d’être une richesse théologique, culturelle, économique et politique, leur diversité les disperse et les attache à des forces aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Le peu que l’on puisse dire que c’est qu’ils pèchent, sans le savoir, contre leur précieux patrimoine et donnent quelquefois un contre-témoignage dans leur clientélisme, leur compromission et leur népotisme...
C’est Antioche, Alexandrie, Constantinople et Jérusalem, en communion avec Rome, qui doivent finalement nous réunir pour nous unir. C’est-à-dire notre appartenance à nos origines syriaque, araméenne, grecque et copte. C’est-à-dire notre appartenance au Christ et à son Evangile. L’héritage des Eglises apostoliques d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem, ainsi que leur patrimoine, sont communs à toutes les églises d’Orient.
Par ailleurs, si l’on croit que les persécutions de tous les côtés augmentent le flot considérable des réfugiés-victimes, pour fuir les massacres, la prison, la faim, la mort, et toute sorte d’exaction ou d’extermination, vont faire peur aux chrétiens et vont les pousser à changer de religion, cela est pure chimère. L’Eglise n’a pas peur, elle est habituée à ce genre d’incompréhension et de refus qui peut tourner en positif ecclésial de premier ordre. Elle est rodée déjà depuis les premiers temps. Rappelez-vous la réflexion de Tertullien : « Le sang des martyrs n’est que semence de l’Eglise ». Cette église tient bon par celui qui la fortifie, et les persécutions augmentent du fait même le nombre des témoins et des martyrs !
Peut-on parler d’ESPOIR ?
L’espoir, on le retrouve auprès des saints : Maroun, Charbel, Rafqa, Hardini, Béchara Abou MRAD, Marie Alfonsine, Maria Bawardi… On le retrouve auprès des honnêtes gens qui sont très nombreux. On le retrouve auprès de la jeunesse, prête à être bien encadrée, et attend qu’elle soit inculquée des valeurs de l’Evangile. Les disciples de Saint Maroun réclament, pour eux et pour tous les autres, le droit à la vie, le droit à la liberté et le droit à la justice.
Et pour finir, j’implore les grâces du Ciel sur vous, sur vos familles, sur la France et l’Europe, et sur les peuples du Moyen Orient, par l’intercession de Saint Maroun. En votre nom, j’élève cette prière :
« O glorieux Saint Maroun, nous nous tournons vers vous avec confiance et abandon, interviens pour nous ici présents auprès du Seigneur tout-puissant. C’est sur votre intercession que l’Eglise maronite a basé sa confiance : couronnez ses espoirs, entendez ses prières ». AMEN.

(c) Eparchie Notre-Dame du Liban de Paris des Maronites - mis en ligne le 14 janvier 2013 - Mentions Légales