Les maronites de France au défi de l’enracinement : La rencontre synodale de Lyon

La Croix, le 6 octobre 2015 , par Bénévent Tosseri, à Lyon

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Constituée en éparchie voilà trois ans, l’Église maronite de France commence à esquisser les réponses aux questions que pose son ancrage en France.

Si les parents de Jean-Paul se sont installés à Lyon, ça n’est pas seulement parce que Joseph y a décroché un emploi. Cet informaticien y cherchait aussi « une Église maronite vivante », en mesure de transmettre « ses racines » à son fils de 17 ans, né en France. Ce qui n’était pas le cas à Grenoble, où ce couple de Libanais est arrivé en pleine guerre civile. « La transmission de la foi a été réalisée au sein de l’Église universelle, dans une paroisse latine, rapporte Joseph. Mais Jean-Paul ne s’est pas imprégné du rite maronite », regrette son père. En revanche, depuis qu’il fréquente la paroisse Notre-Dame-du-Liban, entre Vénissieux et Lyon, l’adolescent semble vivre plus profondément sa « maronité ».

Une émigration stabilisée

C’est ce type de trajectoire que Mgr Maroun-Nasser Gemayel espère favoriser au cours des années à venir au sein de la communauté maronite de France. « Et non “en France” », souligne son premier évêque, installé en septembre 2012. Si des réfugiés continuent d’arriver en Europe, notamment de Syrie, précise celui qui est également visiteur apostolique en Europe occidentale et septentrionale, l’émigration s’est stabilisée. Mais la communauté de 85 000 fidèles est éparpillée sur le territoire français.

Dès lors, comment constituer une communauté ? « Il nous faut ériger des paroisses, répond Mgr Gemayel. Mais, pour cela, il nous faut des églises. Et, pour faire vivre ces églises, il nous faut des prêtres. » Voilà l’équation à résoudre, pour permettre aux maronites de transmettre aux jeunes générations une « identité » fragilisée par les mariages mixtes, et par la naissance d’enfants enracinés dans la culture et la langue françaises. « Nous ne voulons pas nous ghettoïser, insiste Mgr Gemayel. Mais nous pouvons conserver notre parfum propre. »

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Pas de moyens pour de grands chantiers

Pour l’heure, excepté à Marseille et à Meudon, où a été inauguré le siège de l’Église maronite au printemps dernier, le Patriarcat n’est propriétaire d’aucune des rares églises desservies. Et l’éparchie de France n’a guère les moyens de lancer de grands chantiers. Le denier versé par les fidèles, pour l’essentiel issus de la classe moyenne, est très faible.

La seule possibilité pour les maronites est de célébrer dans des édifices existants. Compréhensive, l’Église latine de France a mis à disposition plusieurs lieux de culte, comme à Lyon. Encore récemment, l’évêque de Créteil a accordé l’usage d’une église. Mgr Gemayel, qui compte sur l’accueil des autres diocèses, est également allé frapper à la porte de plusieurs municipalités, propriétaires d’églises désacralisées, qu’elles pourraient peut-être mettre à disposition.

Cours d’arabe

Pour desservir les églises, les maronites de France peuvent s’appuyer sur huit prêtres, dont la moitié, bien que libanais, sont incardinés à des diocèses de l’Église latine, qui les rémunèrent. Un nombre bien insuffisant au regard des besoins d’une communauté dispersée sur l’ensemble du territoire. « Nous devons produire nos propres prêtres », insiste Mgr Gemayel. L’horizon s’est éclairci depuis que le Vatican a autorisé l’an passé l’ordination d’hommes mariés au sein de la diaspora des Églises orientales vivant en Occident. Deux d’entre eux sont en route vers le sacerdoce.

Reste à célébrer en paroisse selon le rite maronite, malgré le moindre usage en famille de l’arabe – sans parler du syriaque. À son arrivée en 2010 à la paroisse Notre-Dame-du-Liban, le P. Robert Maamary a décidé d’employer largement le français. « Pour les lectures et l’homélie », précise-t-il. Et les chants en arabe sont traduits simultanément sur un écran géant. Mieux, à la demande de nombreux parents, il a décidé cette année de mettre en place des cours d’arabe, avec le soutien des autorités libanaises. Un apprentissage indispensable, pour que les maronites continuent de « témoigner du christianisme en arabe », insiste Mgr Gemayel.

(c) Eparchie Notre-Dame du Liban de Paris des Maronites - mis en ligne le 14 janvier 2013 - Mentions Légales