Echo de la rencontre synodale maronite à Bordeaux

Par Marie Paul FINOUX, Courrier de Gironde 17 avril 2015

L’Église maronite est l’une des Églises catholiques d’Orient. Pour ses membres, elle constitue même la plus ancienne : les Noces de Canaa se sont déroulées sur leur territoire. Les fidèles suivent depuis l’an 400 de notre ère Maron, un ermite qui vivait dans les montagnes de Syrie. Chassés par les conquêtes musulmanes et les persécutions entre le VIIe et le IXe siècles, les maronites se réfugièrent au Liban et organisèrent leur Église. Laquelle compte aujourd’hui 23 éparchies et plus de 3 millions de fidèles dans le monde entier, qui célèbrent leur foi en arabe. C’est cette diaspora qui favorise l’émergence de diocèses ou éparchies dans de nombreux pays. En France, par exemple, le diocèse Notre-Dame du Liban a été créé le21 juillet 2012 pour répondre aux besoins de nombreux pratiquants qui n’avaient pas de structures. Bien sûr, les paroisses ne sont pas encore organisées, les prêtres ne sont pas encore en poste, mais une dynamique s’étend de plus en plus. Mgr Maroun-Nasser Gemayel est le premier évêque du diocèse français Notre-Dame du Liban. Il a donc tout à faire : « Seulement 9 prêtres sont aujourd’hui incardinés à l’éparchie. » Les trois premières paroisses sont Paris, Lyon et Marseille ; ailleurs, comme àBordeaux, la présence maronite est missionnaire. Le père maronite Nabil Mouannes est curé de Saint-Victor, incardiné depuis janvier 2014 dans le diocèse de Bordeaux. Son objectif à terme est de faire naître une paroisse maronite à Bordeaux, avec l’autorisation de Mgr Ricard, archevêque de Bordeaux. « J’arrive des États-Unis où j’ai créé 7 paroisses et2 sanctuaires, raconte-t-il. Je suis venu en France pour aider notre évêque à fonder le diocèse. » Les liens entre Libanais et Français ont toujours été bons ; étonnant donc qu’une telle démarche n’ait pas abouti depuis longtemps…« Ce sont les complications de la législation française qui ont retardé le projet, répond le père Nabil Mouannes. De plus, les Libanais sont presque chez eux ici, la France est proche du Moyen-Orient. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont mûri, l’Église maronite reste attachée au Liban mais n’y est plus confinée. »
La mission girondine
Il y a 400 à 500 familles de chrétiens d’Orient à Bordeaux, dont une grande majorité de maronites. Une communauté existe, avec des structures constitutives : des Libanais, des Irakiens, des Jordaniens, des Palestiniens, des Égyptiens ; « il reste à savoir vivre ensemble, cela demande des aménagements particuliers », conclut le père Nabil. « Plusieurs nationalités se regroupent ici, même si elles ont des rivalités quand elles vivent dans leur pays », confirme le père Francis Baqueyrisses, délégué diocésain de la pastorale des Migrants.
Pour mieux installer son ministère, Mgr Gemayel a convoqué un synode, en décembre 2013. Les deux premières sessions ont eu lieu à Paris (en décembre 2013 et mai 2014). Pour préparer la3e session (en 2016), l’évêque a voulu que les fidèles participent. Il a ainsi organisé des rencontres préparatoires à Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux. Il a aussi présidé une réunion, le 11 avril à Saint-Victor, à laquelle ont participé une soixantaine de
personnes qui ont ensuite débattu en commissions sur les thèmes de l’enseignement, l’information, le pèlerinage et le dialogue inter-religieux. La rencontre en vue du synode a attiré une vingtaine de jeunes venus de Toulouse pour vivre ce moment fort de rencontre avec ceux de Gironde autour du père Charbel-Daniel Abou-Haidar, chargé des jeunes dans l’éparchie maronite de France. De nombreuses confessions et nationalités étaient ainsi représentées : orthodoxes, grecs catholiques, coptes, catholiques, maronites…,« preuve vivante de l’Église unie ». L’une de ces jeunes, une jeune femme égyptienne, chrétienne convertie de l’islam, est réfugiée politique depuis trois ans pour ses croyances, ce qui n’empêche nullement les maronites de très bien s’entendre avec les musulmans et de prêcher à qui veut l’entendre que les persécutions dont ils ont toujours été victimes n’est pas de leur fait mais de celui de l’extrémisme. Le dynamisme des maronites a été reconnu dernièrement par Mgr Santier, évêque de Créteil et ancien président du Conseil pour les relations inter-religieuses à la Conférence des évêques de France, qui célébrait pour la première fois Pâques avec les maronites.« Il a dit que nous avions été envoyés par Dieu pour réveiller la foi dans l’Église latine », rapporte Mgr Gemayel.

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(c) Eparchie Notre-Dame du Liban de Paris des Maronites - mis en ligne le 14 janvier 2013 - Mentions Légales