Homélie du Patriarche Cardinal RAI et allocution aux intentions de la France

Homélie du Patriarche Card. Béchara Boutros RAI
Messe aux intentions de la France
Bkerké, Lundi de Pâques, 6 Avril 2015

"Ressuscité, Jésus apparut ensuite aux Onze alors qu’ils étaient à table" (Mc16 : 14)

Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs de la Mission Diplomatique Française au Liban,
Chers amis,

1. Nous sommes heureux de célébrer cette Sainte Messe aux intentions de la France, concélébrée avec mes Confrères les Evêques et les prêtres de la Curie Patriarcale. Cette sainte rencontre, liée à la fête de la Résurrection, est une tradition que nous renouvelons chaque année pour réaffirmer, renforcer et consolider notre attachement aux valeurs communes qui nous unissent. Cette rencontre du Lundi de Pâques nous indique la source de ce renouveau commun. Je voudrais m’ arrêter avec vous sur deux messages de la Résurrection du Christ.
2. Le premier message est que la Résurrection de notre Seigneur nous donne un élan d’espérance pour améliorer notre vie personnelle et celle de la société où nous vivons. Par notre foi et action nous pouvons rouler toute pierre qui ferme nos horizons et les possibilités d’amélioration de la vie tant familiale que sociale ou politique. Car le Christ est vivant parmi nous. Aux femmes accourues au tombeau, l’Ange a annoncé : "Pourquoi cherchez - vous le Vivant parmi les morts ?" (Lc 24 : 5-6).
Cette annonce joyeuse nous délivre de tout découragement et désespoir, pour nous opposer aux différents maux qui nous affligent.
3. Le second est une demande : Où trouver le Christ Ressuscité ? Même ceux qui vivaient avec Jésus ne crurent ni Marie de Magdala à laquelle est apparu devant le tombeau, ni les deux de ses disciples auxquels se manifesta sur la route. Cependant quand il se manifesta aux Onze, alors qu’ils étaient à table, ils crurent. "Etre à table" le dimanche signifie, selon l’Evangile et les Actes des Apôtres, le repas eucharistique. Le Christ est le Vivant Présent dans l’Eucharistie et nous donne un rendez - vous tous les dimanches. Il est là en sacrifice spirituel pour nos péchés et en banquet pascal de la communion à son Corps et à son Sang, dont nous recevons tous les biens célestes qui consolident notre union au Christ, l’unité entre les hommes, l’ouverture aux pauvres et nécessiteux, l’engagement pour la paix et la justice.
4. Prions le Christ Ressuscité pour que la tentation du désespoir cède le pas à l’espérance, et de l’incroyance à la foi. Prions pour la stabilité du Liban et l’élection d’un nouveau Président. Prions pour que cesse la guerre en Syrie, Irak et Yémen, et pour une solution politique du conflit Israélo - Palestinien qui garantisse une paix juste, globale et durable. Prions pour le retour des refugiés Syriens et Irakiens à leurs maisons et terre, en dignité et respect de leur droit de citoyenneté. Prions surtout aux intentions de la France pour sa prospérité et paix, et pour qu’elle reste promotrice des valeurs humaines, morales et culturelles.
Seigneur, accepte notre prière, Amen.
* * *

Allocution du Patriarche Card. Béchara Boutros RAI
à l’occasion de la Messe aux intentions de la France
Lundi de Pâques, 6 Avril 2015

Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs de la Mission Diplomatique Française au Liban,
Chers amis,

1. Au nom de mon vénéré Prédécesseur le Patriarche Cardinal Nasrallah - Pierre Sfeir, des Evêques et des Pères de la Curie Patriarcale, je Vous exprime, Monsieur l’Ambassadeur, ainsi qu’à Vos collaborateurs dans la Mission Diplomatique Française au Liban, nos meilleurs voeux et souhaits de Sainte Fête de Pâques. Je Vous prie de les transmettre à Monsieur François Hollande, Président de la République Française. Nous désirons qu’ils soient étendus à tout le peuple français, ami du Liban.
A la Sainte Messe traditionnelle que nous venons de célébrer, nous avons prié aux intentions de la France : pour sa prospérité, sa stabilité ainsi que pour le succès de ses efforts en faveur de la paix et de la promotion des valeurs de la modernité.
2. Notre rencontre pascale de chaque année est une bonne occasion pour renouveler l’amitié franco - libanaise et consolider les liens séculaires entre la France et l’Eglise Maronite. Nous ne pouvons qu’évoquer les débuts de ces liens d’amitié avec le Roi de France St Louis, marqués par sa "Charte" donnée à la "Nation Maronite" le 24 mai 1250, où il fait l’éloge "de l’amitié de cette Nation pour les Français qui ressemble à l’amitié que les Français se portent entre eux".
3. Dans le sillage de cette amitié, je voudrais d’abord exprimer notre reconnaissance à la France. Ses troupes au sein de la FINUL s’évertuent depuis 1978 au maintien de la paix. Jamais la France n’a manqué à l’appel du Liban et des Libanais. Jamais la France n’a cessé d’être politiquement, diplomatiquement, économiquement, culturellement et humainement à l’écoute du pays du cèdre. Notre prière et notre reconnaissance vont à tous ceux et celles qui ont payé de leur vie, le prix de cet engagement indéfectible.
C’est le moment aussi de partager avec Vous les soucis que nous ressentons ensemble, concernant le Liban et la région moyen-orientale.
4. Au milieu des conflits géopolitiques et confessionnels et de la barbarie terroriste qui dominent la scène régionale et dont le Liban et les Libanais subissent fortement les retombées, le peuple libanais est plus que jamais attaché à la ferme volonté de préserver la convivialité entre chrétiens et musulmans et en pleine égalité, dans une société civile qui sépare entre Religion et Etat ; attaché à l’entente et au dialogue comme moyen pour régler la vie communautaire et politique ; attaché, avec tous les acteurs politiques, à faire barrage aux terroristes et appuyer sans équivoque l’armée et les forces de sécurité nationale dans leur combat contre eux.
5. Nous regrettons cependant que le Parlement libanais, du fait du blocage par un groupe politique, a manqué à son devoir constitutionnel d’élire le Président de la république. Cette situation de vacance expose le pays à tous les dangers et paralyse les institutions de la République, comme tout le monde le sait.
6. Nous remercions la France pour tous ses efforts dans ce domaine et prions qu’elle continue à nous aider pour que le parlement fasse son devoir sans succomber aux ambitions du jeu politique interne et sans interférence aucune des forces régionales, en dehors d’une médiation amicale diplomatique.
Le Liban a besoin aussi du soutien de la France pour appliquer sa politique de distanciation des conflits et alignements régionaux, pour parvenir à reconnaître sa neutralité dite positive et pour renforcer ses forces de sécurité. Votre soutien est aussi primordial pour gérer humainement et dignement le problème des refugiés syriens et irakiens et ses conséquences malheureuses sur la sécurité, sur l’économie et sur les plus démunis des libanais.
7. Quant à la triste situation au Moyen - Orient, nous restons tous ébahis devant la violence des courants intégristes qui sévissent dans notre région et qui sont apparus depuis plusieurs décennies déjà et continuent à s’étendre, même après un printemps arabe tant souhaité par les peuples de cette région, il y a quelques années seulement ! La violence a remplacé l’espérance et le chaos destructeur a remplacé les dictatures ; des états ont disparu ou presque chez plusieurs de nos voisins et pays frères, mais ce sont les citoyens innocents qui en sont les victimes et quittent leurs terres millénaires et se réfugient là où ils peuvent trouver un accueil protecteur et émigrent aussi en millions vers l’Europe ; les chrétiens d’Orient, avec d’autres minorités religieuses et ethniques, sont parmi ceux qui ont le plus souffert et certains groupes ancrés depuis des siècles sur une terre ancestrale ont été malheureusement décimés.
8. Les conséquences de ces désastres nous touchent en plein cœur et vous touchent aussi, prouvant clairement que les pays des deux bords de la méditerranée ne peuvent avoir des destins séparés et divergents. La solution de l’espoir ne peut sortir que de ce constat de destin partagé que nous faisons ensemble et d’un engagement mutuel et profond que nous devons prendre ensemble : Il ne peut y avoir modernité, développement et respect des droits de l’homme sur la rive nord avec une rive sud qui accumule tous les malheurs, à commencer par la grande injustice qu’a subie, voilà bientôt 70 ans, le peuple palestinien et qui n’a pas encore trouvé une solution pacifique et équitable. Evidemment, d’autres problèmes majeurs nous ont aussi mené vers la catastrophe que nous vivons : de dictatures au manque de libertés de tout genre, à la surpopulation, au manque de développement économique et d’éducation, à la propagation de la pauvreté extrême en même temps que l’opulence des élites. Mais c’est principalement sur le conflit israélo - palestinien que sont venus se nourrir tous les intégrismes violents avec une haine vis-à-vis de l’occident. Monsieur l’Ambassadeur, il est grand temps de rendre justice au peuple palestinien et d’aider sans équivoque à la construction, dans notre région, d’Etats justes, compétents et au service de leurs peuples.
9. Le moment est grave, parce que la Syrie, l’Irak et le Yémen ressemblent beaucoup aux Balkans du début du 20ème siècle : nationalisme, extrémisme religieux et luttes d’influence entre les puissances font un mélange très dangereux… l’histoire nous avertit très clairement. Il faut absolument agir sérieusement pour mettre fin aux guerres dans ces pays qui ne font que les détruire, avec des conséquences qui menacent la paix mondiale.
10. Vous souhaitant une joyeuse pâque comme à tous vos collaborateurs, veuillez, monsieur l’Ambassadeur, faire parvenir au Président Hollande, que j’aurais le plaisir de rencontrer prochainement, nos meilleurs sentiments ainsi que notre profond attachement à la grande Nation française, amie séculaire des Maronites et du Liban.
* * *

(c) Eparchie Notre-Dame du Liban de Paris des Maronites - mis en ligne le 14 janvier 2013 - Mentions Légales